De la forêt enchantée à la jungle

Le Petit Poucet, Le Chat Botté, Cendrillon : qu’est-ce que ces histoires ont en commun? Une soif d’équité par rapport aux déséquilibres entre petits et grands, faibles et puissants, roturiers et fortunés. Les contes merveilleux finissent toujours par un renversement de l’ordre établi et le redressement de l’injustice. C’est le fameux dénouement heureux, souvent qualifié d’utopique. Est-ce cette fibre révolutionnaire tapie au creux des récits de mon enfance – auxquels je m’intéresse dans ma pratique artistique –, qui a fait son chemin en moi, m’incitant à prendre position sur la question des droits d’exposition? L’idée me fait sourire.

Étant donné la vague de soutien suscitée par mon premier billet, j’ai cru, je l’avoue, qu’il serait peut-être enfin possible de réunir suffisamment de voix pour faire bouger les choses. D’où mes efforts pour répondre, reprendre, préciser selon les lectures de chacun. Mais je me rends maintenant compte des limites de ma démarche.

Pour avoir désormais goûté à la dynamique particulière des réseaux sociaux, je me montrerai plus prudente à l’avenir avant de m’enthousiasmer avec des « j’aime » qui montent en flèche pour une cause. S’il s’agit d’un phénomène d’une puissance encore inégalée dans le domaine des communications – dont on rapporte régulièrement les petits miracles de solidarité mais aussi de bien funestes entreprises –, son caractère reste assurément indomptable. Emballements, retours de manivelle, lynchages sont toujours à venir. Il y a là, véritablement, de l’énergie « explosive ». On peut en retrouver traces dans les échanges autour de mes billets…

Je souhaite néanmoins souligner ma reconnaissance aux nombreuses personnes qui m’ont témoigné leur appui. Si mes interventions ont pu contribuer à briser un peu le sentiment d’isolement vécu par les artistes qui, par conviction, refusent d’exposer gratuitement, l’exercice n’aura pas été vain.

Sur le fond de la question, je reste convaincue de me situer sur le bord du juste droit, de l’équité et du souhaitable. Mais j’ai compris que cette reconnaissance ne relève pas seulement du bon sens, de l’honnêteté ou de la simple bonne volonté, mais d’enjeux plus conséquents et de plus longue haleine.

Il s’agit ni plus ni moins d’obtenir un statut de même importance que celui des « artistes-acteurs ». Aucun lieu de spectacle ne pourrait songer à engager un comédien pour jouer un rôle sans que les règlements de la guilde des acteurs ne soient invoqués.

Sur ce plan, le travail ne doit pas se faire entre individus mais entre institutions. Le Regroupement des artistes en arts visuels (RAAV), fort de l’appui de ses membres, doit continuer à militer, déposer, défendre, pour faire modifier l’actuelle Loi sur le droit d’auteur ou à tout le moins obtenir que le gouvernement inscrive dans ses conditions de subventions l’obligation pour le diffuseur culturel de rétribuer l’exposant selon un tarif convenu (sans contournement par la clause sur les expositions aux fins de vente).

Ce n’est pas à une personne de mener le combat. Il est donc capital que les artistes en arts visuels soutiennent les actions menées par le RAAV. C’est cette association qui est la plus susceptible de nous conduire vers une fin heureuse.

En attendant d’y arriver, je continuerai aussi à faire ma petite part, en refusant toute offre d’exposition qui ne s’accompagne pas de redevances. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un geste utopique. Il n’y a que les rêves diurnes qui peuvent conduire à l’amélioration du monde.

1 commentaire

  1. Françoise Tounissoux sur 9 juin 2015 à 7 h 05 min

    « Il n’y a que les rêves diurnes qui peuvent conduire à l’amélioration du monde. »
    En effet!

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