TEXTE DE DÉMARCHE
Intimité publique, de l'artiste Catherine Rondeau. Photomontage surréaliste inspiré de l’adolescence féminine. Évocation de la transition fille-femme dans un étrange univers hivernal onirique.
Intimité publique, 2016

« Après De l’autre côté du miroir, une série de photomontages inspirée par la manière dont les enfants usent de leur imagination pour relâcher des tensions intérieures, c’est tout naturellement que je tourne mon objectif, dans Traversée boréale, vers les premières années de l’adolescence et, plus particulièrement, vers les turbulences intérieures qui secouent la femme en devenir.
La photographie a toujours été particulièrement appropriée pour représenter les changements physiques qui surviennent à la puberté et la gaucherie typique qui les accompagne. Et si plusieurs artistes se sont déjà intéressées au thème de l’adolescence féminine, mon travail se distingue par son caractère résolument surréel. En plus de la mise en scène, j'use de mes habiletés en création de trompe-l’œil pour explorer les tiraillements psychiques intimes qui fermentent à l’abri des regards. Mes images racontent comment, entre 12 et 15 ans, la soif de liberté ne va pas sans une envie secrète pour des contraintes et comment la conscience nouvelle de son propre attrait dans le monde est source à la fois de plaisir et d’angoisse. Il est question de besoin d’affirmation qui s’accompagne d’une extrême vulnérabilité, puis de revendication identitaire sur fond de pression de conformité avec les pairs. Sans oublier les tensions ambiguës entre curiosité sexuelle et pudibonderie, entre coquetterie et réserve, lesquelles marquent aussi cette épineuse période de transition.
Mes jeunes modèles, affublées de tenues légères dans des décors hivernaux incongrus, incarnent donc l’inquiétante étrangeté qui caractérise l’entrée dans l’adolescence et les contradictions complexes qui s’ensuivent. Éminemment polysémiques – éveillant de ce fait un processus de mise en lien narratif dans l’esprit du spectateur –, les tableaux de Traversée boréale proposent une réflexion, tant poétique que percutante, sur le cheminement délicat et souvent confus vers la féminitude. »

Catherine Rondeau

 

La majorité des images de cette série s'est réalisée dans le cadre d'une résidence artistique au Centre d'art de Kamouraska. Une bourse du Programme d'aide aux artistes en arts visuels de la SODEC a été octroyée pour le travail de postproduction.

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