TRAVERSÉE BORÉALE

L'ENTRÉE DANS L'ADOLESCENCE FÉMININE

Après De l’autre côté du miroir, une série de photomontages inspirée par la manière dont les enfants usent de leur imagination pour relâcher des tensions intérieures, c’est tout naturellement que je tourne mon objectif, dans Traversée boréale, vers les premières années de l’adolescence et, plus particulièrement, vers les turbulences intérieures qui secouent la femme en devenir.

DÉMARCHE ARTISTIQUE

La photographie a toujours été particulièrement appropriée pour représenter les changements physiques qui surviennent à la puberté et la gaucherie typique qui les accompagne. Et si plusieurs artistes se sont déjà intéressées au thème de l’adolescence féminine, mon travail se distingue par son caractère résolument surréel. En plus de la mise en scène, j’use de mes habiletés en création de trompe-l’œil pour explorer les tiraillements psychiques intimes qui fermentent à l’abri des regards. Mes images racontent comment, entre 12 et 15 ans, la soif de liberté ne va pas sans une envie secrète pour des contraintes et comment la conscience nouvelle de son propre attrait dans le monde est source à la fois de plaisir et d’angoisse. Il est question de besoin d’affirmation qui s’accompagne d’une extrême vulnérabilité. Puis de tensions ambiguës entre curiosité sexuelle et pudibonderie, entre coquetterie et réserve. Sans oublier comment cette épineuse période de transition est d’abord un temps d’intense créativité. La recherche et la construction identitaire, c’est tout un périple!

Le territoire nordique du Québec est omniprésent dans mes images. La majorité des prises de vues ont été réalisées dans le Bas-Saint-Laurent durant un hiver particulièrement rigoureux. Plus qu’une toile de fond, les paysages de froid et de glace participent à figer le temps de latence pour la femme en devenir. On peut d’ailleurs y voir un clin d’œil aux explications cosmologiques de contes tels que Blanche Neige et La Belle au Bois Dormant qui considèrent le sommeil des princesses comme une métaphore pour l’engourdissement de la nature au cours de la saison froide. Ainsi mes jeunes modèles, affublées de tenues légères dans des décors hivernaux incongrus, incarnent l’inquiétante étrangeté qui caractérise l’avènement de la puberté, ce passage entre deux mondes, avec les contradictions complexes qui l’accompagnent.

Éminemment polysémiques – éveillant de ce fait un processus de mise en lien narratif dans l’esprit du spectateur –, les tableaux de Traversée boréale proposent, en somme, une réflexion, tant poétique que percutante, sur le cheminement délicat et souvent confus vers la féminitude.

Cette série a été réalisée dans le cadre d'une résidence artistique au Centre d'art de Kamouraska.

Une bourse du Programme d'aide aux artistes en arts visuels de la SODEC a été octroyée pour le travail de postproduction.

logo_centre-art-kamouraska
logo_sodec
© 2011-2017 Catherine Rondeau. Tous droits réservés.