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TRAVERSÉE BORÉALE

L’ADOLESCENCE OU LE FLOTTEMENT ENTRE DEUX MONDES

En continuité avec mon travail sur l’imaginaire enfantin et les sentiments souvent contradictoires qui assaillent l’enfant dans son désir de devenir grand, je me suis donnée comme défi d’illustrer, dans ma série Traversée boréale, les contradictions psychiques qui secouent la jeune fille à l'entrée dans l'adolescence.

ÉNONCÉ ARTISTIQUE

Visant à montrer l’inquiétante étrangeté qui caractérise l’avènement de la puberté, le concept tout entier de ma série Traversée boréale repose sur l’élaboration de mises en scène insolites avec des adolescentes, vêtues de tenues légères, dans des décors de froid et de glace. Plus qu’une toile de fond, les paysages hivernaux servent à mettre en relief le temps de latence pour la femme en devenir. On pourra aussi y voir un clin d’œil aux explications cosmologiques de contes tels que Blanche Neige et La Belle au Bois Dormant, qui considèrent le sommeil des princesses comme une métaphore pour l’engourdissement de la nature au cours de la saison froide.

Le travail de post-production a permis au caractère résolument surréel des œuvres de prendre vie. Usant de mes compétences en retouche numérique, j’ai créé des trompe-l'œil illustrant de manière symbolique les tiraillements intimes qui fermentent à l’abri des regards dans la psyché des jeunes filles. Ainsi, mes images racontent comment, à la sortie de l’enfance, la soif de liberté ne va pas sans une envie secrète de contraintes, et comment la conscience nouvelle de son propre attrait dans le monde est source à la fois de plaisir et d’angoisse. Le même déroutant paradoxe existe entre le besoin d’affirmation et un sentiment d'extrême vulnérabilité, entre curiosité sexuelle et pudibonderie, coquetterie et réserve. Avec tout cela, cette épineuse période de transition est également un temps d’intense créativité. La recherche identitaire constitue tout un périple!

Éminemment polysémiques – éveillant de ce fait un processus de mise en lien narratif dans l’esprit du spectateur –, les tableaux de Traversée boréale proposent, en somme, une réflexion poétique sur le cheminement souvent troublant vers la féminitude.

LES PETITS-DESSOUS DE LA TRAVERSÉE

L'HISTOIRE D'UNE MISE EN ABYME

Je savais que les prises de vue en extérieur allaient être difficiles. J’ignorais à quel point le froid intense serait une épreuve. Demander à mes modèles – mes propres filles – de se dévêtir dans ces conditions relevait de la folie.Lorsque j’ai commencé à publier les premières images de la série sur mon site web, ma propre réaction a été immédiate : « Mon dieu, c’est un cas de DPJ! » Blague à part, plusieurs internautes se sont demandés comment mes filles en étaient venues à se prêter à ce jeu glacial. Et il y avait de quoi se questionner, surtout sachant que les séances photo s'étaient déroulées à des températures qui oscillaient entre -15 et -35 °C!

La réalité, c’est que malgré le froid, notre séjour dans le Bas Saint-Laurent pour réaliser la majorité des prises de vues a été marqué par des moments de joie intense, de complicité et de solidarité familiale. Tout au long de l’aventure, les deux sœurs filmaient et prenaient des photos avec leur iPad. Je me suis servie de ce matériel pour concevoir une installation photo-vidéo qui vient compléter la présentation des œuvres en salle d’exposition. L’installation – qui établit un rappel visuel avec la composition de l’image intitulée « Intimité publique » – permet au spectateur d’entrevoir les dessous d’une épopée familiale remplie de fous rires, de quelques pleurs, mais surtout de beaucoup d’amour. Cet élément de mise en abyme apporte un niveau d’interprétation supplémentaire à l’exposition, une compréhension intime du processus de création.

TÉMOIGNAGES

« L'exposition Traversée boréale a été particulièrement appréciée par le public, qui est venu en grand nombre. Certains visiteurs ont tellement apprécié qu'ils sont venus à maintes reprises contempler les œuvres avec la famille ou les amis. La partie de l'exposition qui permettait de connaître le making-of des prises de photos ouvrait une dimension très personnelle et intimiste sur l'interprétation des œuvres. Les visiteurs étaient capables de faire une lecture à la fois sur le tiraillement de l'adolescence et sur les liens familiaux. »

Olga Daussà Pastor, chargée de projet à l'action éducative, Centre d'exposition de Mont-Laurier, 2018

Logo du centre d'exposition de Mont-Laurier

« Le plus souvent les mots formulés sur l'avis de l'exposition ont été : c'est beau, magnifique, touchant, sensible, impressionnant, incroyable, surprenant. Le making-of a vraiment satisfait tous les visiteurs. Cette partie de l'exposition est déterminante dans le parcours de visite car elle offre la possibilité de connaître l'envers du décor incroyable par lequel chacun est passé à Kamouraska. Cette section permet d'assouvir notre curiosité, pour déceler la part de mystère dans le travail de postproduction. »

Noémie Chevalier, directrice adjointe, Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire, 2019

Les œuvres de la série Traversée boréale ont été réalisés dans le cadre d'une résidence artistique au Centre d'art de Kamouraska à l'hiver 2015.

Une bourse du Programme d'aide aux artistes en arts visuels de la SODEC a été octroyée en 2016 pour le travail de postproduction.

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