CATHERINE RONDEAU

La réflexion sur les droits d’exposition se poursuit

Je me désole que la réponse de M. Jean Lauzon, directeur du Musée populaire de la photographie de Drummondville, à mon billet « Avez-vous pensé à payer l’artiste? » se répande en attaques personnelles qui détournent l’attention du véritable débat, soit l’importance de soutenir les arts et les artistes. Au vu des propos de M. Lauzon, j’ai estimé nécessaire de rectifier plusieurs points. Vous pouvez prendre connaissance de sa réponse, puis de la mienne en commentaire, sur le blogue de Photo Solution Magazine.

L’exercice m’aura tout de même donné l’occasion de préciser mon point de vue quant à la complexité des défis auxquels font face les centres d’exposition, qui relèvent souvent des administrations municipales. De ce fait, ils doivent fréquemment composer avec des élus qui ne comprennent pas pourquoi il est si important d’investir dans la culture, et encore moins pourquoi il est vital de payer des redevances aux artistes à qui on donne une vitrine.

À la lumière de belles discussions que j’ai eues cette semaine avec divers intervenants du milieu culturel, tant à Montréal qu’en région, qui eux louent ma démarche pour ce qu’elle a de constructif – soit de sensibiliser le monde des arts au fait qu’il faut cesser de tabler sur la visibilité en guise de paiement –, je continue à penser qu’il incombe aux diffuseurs, en premier lieu, de faire du versement des redevances une priorité. Ils sont les mieux placés pour faire valoir, auprès des instances dirigeantes, l’importance de s’occuper de la matière première de la culture : les artistes. Sur ce plan, même s’il y a des gens de vision qui font un boulot extraordinaire un peu partout au Québec (je pense notamment aux personnes derrière le réseau des Maisons de la culture de Montréal, aux centres d’artistes autogérés, aux centres culturels affiliés à l’ACEAT en Abitibi-Témiscamingue, et au Centre d’art de Kamouraska, pour ne nommer que ceux-là), il y a clairement encore du chemin à faire, surtout en ce qui a trait aux tarifs minimums suggérés par RAAV-CARFAC.

Un élément qui favorise énormément la situation actuelle, c’est que les diffuseurs travaillent dans un contexte où la loi permet l’exploitation des artistes. Car la Loi sur le droit d’auteur stipule que, dès lors qu’une exposition est organisée à des fins de vente, le diffuseur n’est pas obligé de verser des redevances. Ainsi, c’est sous couvert de « fins de vente » que sont organisées des expositions dans des centres culturels municipaux, ce que le public ignore généralement et qui va totalement à l’encontre d’une optique où l’art est considéré comme un service de base. C’est donc légal de ne pas rémunérer les artistes lorsque la vente d’œuvres est permise. « Mais ce qui est légal est-il MORAL ? », demande avec acuité le RAAV à ce propos. Et est-ce cette notion marchande de la culture que l’on veut perpétuer dans nos lieux de diffusion publics?

Les diffuseurs ne sont donc pas les seuls en cause; c’est tout un système, à la fois idéologique, politique et juridique, qui permet à cette problématique de perdurer. Mais en tant qu’artiste, faire pression sur les diffuseurs en refusant d’exposer sans recevoir de redevances de droits d’exposition, demeure encore le meilleur moyen de défendre l’importance de sa profession et de faire passer le message qu’un artiste professionnel, ça se paye au même titre qu’un avocat ou un ingénieur. Comme l’écrivait une artiste en commentaire sur mon blogue récemment : « Les artistes, en faisant preuve de solidarité, participeraient activement à la résolution de ce problème. »

Je vous invite à continuer de vous manifester en commentaire ici, sur ma page Facebook d’artiste, ou encore mieux sur celle du RAAV, ainsi qu’à partager mes billets dans vos réseaux respectifs afin de rejoindre le plus de monde possible.

2 Comments

  1. […] ce blogue traitant de la question des droits d’exposition qui complète bien celui-ci : « La réflexion sur les droits d’exposition se poursuit ». […]

  2. Robert Mazerolle sur 15 juin 2015 à 8 h 13 min

    C’est pire au plus haunts échelon. Les grandes foires tel Art Basel et Scope exigent des frais d’exposition genre ‘trade show’. Ici au USA les artistes appellent cela ‘pay to play’. Notre industrie est a l’envers du bon sens. Tout Le monde se fait payer dans la chaine économique sauf le créateur. Le cadreur, le proprio de la salle d’exposition, hydro Québec, Le stationnement, toute la chaine économique, même le journalste qui rapporteur sur ce scandale- tous se font payer. Sauf l’artiste.

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